L’œuvre radiophonique


a la particularité d’être une réalisation complète, «définitive», et d’être vouée néanmoins à l’éphémère. La pièce pour orchestre symphonique n’est pas ici destinée au concert – reproductible, avec des variantes d’interprétation – elle va être enregistrée, soumise à d’éventuelles manipulations électroacoustiques (le studio permet de s’affranchir des limites physiques des interprètes, et de faire coïncider différents espaces/temps) puis intégrée aux autres éléments de l’oeuvre. La mise en forme finale aboutira à un objet immuable, à la milliseconde et au décibel près. C’est également le cas d’un enregistrement pour le disque, mais, alors que ce médium permet l’écoute répétée, ou encore de revenir sur un passage précis, l’oeuvre radiophonique est l’objet d’un nombre limité de diffusions.
La création radiophonique occupe une place importante dans l’oeuvre de Pierre Mariétan. On peut même observer dans certaines de ses pièces pour le concert, où l’agencement de parties enregistrées avec l’intervention de musiciens ou de récitants en direct résulte en un mixage «live», une influence directe de son écriture radiophonique, plutôt qu’une parenté avec la musique «mixte» (où des instrumentistes sur scène jouent en fonction d’une bande magnétique, ou d’un dispositif électroacoustique).
Nombre de productions radiophoniques de Mariétan font intervenir texte, musique instrumentale ou électronique, et situations sonores captées dans l’environnement, rural ou urbain. Ces éléments, en apparence disparates, constituent une structure subtile, destinée à mettre en valeur les espaces sonores et la musicalité de la chose entendue, quelle que soit sa source.
A l’inverse, Bruits et Diablorence présentent un aspect très différent : conçues de façon relativement linéaire, elles privilégient une matière sonore riche, issue de l’écriture orchestrale, plutôt qu’une construction radiophonique sophistiquée. Elles évoquent le concept de poème symphonique, dans le sens où elles suivent un déroulement dramatique, dont le texte n’est que le prétexte, puisqu’il s’agit surtout, comme au XIXe siècle, d’exploiter la puissance expressive de l’orchestre.
Ces deux oeuvres, commandes de Radio France pour le Prix Italia, sont issues d’un contexte particulier, et les réunir sur ce CD les placent également dans une autre perspective : celle d’un auditoire et d’une diffusion élargis.

G. Billaux